PROMESSES D'AMERIQUE:

Une école internationale d’archéologie précolombienne à l’ULB

Pr. Peter Eeckhout

Mai 2012

Découverte exceptionnelle à Pachacamac, Pérou

L'archéologue du CreA de l'ULB, le Pr. Peter Eeckhout  a mis au jour un tombeau exceptionnel contenant plus de 80 défunts de différents âges. La découverte, provisoirement datée des alentours de l'an 1000 a été faite à Pachacamac, Pérou. Face au Temple de Pachacamac, parmi des tombes de diverses périodes, une grande chambre funéraire de 20m² a été découverte intacte et épargnée par les pilleurs. Le tombeau, de forme ovale et autour duquel était disposé une dizaine de nouveaux-nés et de jeunes enfants, contenait sur deux niveaux plus de 70 squelettes et momies tous en position foetale, comme c'est la tradition dans ces régions. Les défunts des deux sexes et de tous âges étaient accompagnés de très nombreuses offrandes (vases, animaux, bijoux en cuivre et en alliage d'or, "fausses-têtes" en bois peint, etc.). Les études se poursuivent actuellement en laboratoire pour répondre aux multiples questions soulevées par cette découverte unique.

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Vue du tombeau découvert durant la campagne d'avril-mai 2012 à Pachacamac, Pérou.


 

 

1. LES ENJEUX MAJEURS

En plein essor économique et largement stabilisée au niveau politique, l’Amérique Latine joue un rôle d’importance croissante sur la scène mondiale. Elle présente également un potentiel exceptionnel en matière d’archéologie et de patrimoine : les Incas au Pérou, les Aztèques au Mexique ou les Mayas au Guatemala et dans les pays voisins offrent d’immenses perspectives pour la recherche, de même que les centaines d’autres cultures anciennes moins connues en attente d’être étudiées, voire découvertes.  L’archéologie précolombienne est en effet encore à bien des égards, un terrain vierge. Peter Eeckhout, chargé de cours en archéologie et histoire de l’art à l’ULB, l’a bien compris et conduit depuis les années 1990 au Pérou des recherches de terrain qui lui ont assuré une renommée scientifique mondiale et un ancrage fort vis-à-vis des acteurs institutionnels locaux. Parallèlement, les études en archéologie précolombienne à l’ULB, formation unique en Belgique, rencontrent un très grand succès. Nous souhaiterions capitaliser sur ces acquis et faire de Bruxelles un pôle d’excellence du domaine.

L’étude comparée des sociétés complexes de l’Amérique ancienne est au cœur du projet de recherche. La nature du pouvoir, son émergence et sa transmission, sa traduction dans les grands monuments architecturaux, dans la transformation du paysage, dans l’exploitation des ressources, dans la gestion des crises sociétales, climatiques, politiques que les cultures précolombiennes ont connues, dans l’art mobilier immensément divers dont de nombreux et magnifiques exemples sont parvenus jusqu’à nous…

La sécularisation progressive du pouvoir dans les Andes, l’instrumentalisation des pèlerinages de masse par les empereurs incas, la stratification des nobles dans les cours royales mayas, le rôle des élites féminines, la diffusion des modèles funéraires et des croyances associées, la distribution des biens de prestige (métal précieux et autres), ou la pratique du sacrifice humain, sont quelques-uns des thèmes sur lesquels nous travaillons ou ambitionnons de travailler. Le recours aux sciences naturelles, exactes ou médicales (bioarchéologie, pharmacognosie, études isotopiques, archéologie biomoléculaire, archéobotanique, etc.) s’inscrit évidemment dans la démarche de reconstitution holistique  des sociétés du passé américain que nous prônons.

 

2. AVANCEES MAJEURES DES ETUDES PRECOLOMBIENNES A L'ULB

La recherche américaniste à l’ULB bénéficie d’une renommée considérable de par le monde. Jusqu’à récemment, cette notoriété scientifique résultait davantage du fait de personnalités particulières (Michel Graulich, Peter Eeckhout, Sylvie Peperstraete) que d’une tradition académique propre à l’université. Le BA et le Master en civilisations précolombiennes ont été lancés respectivement en 2004  et 2007 dans le Dpt d’Histoire, Arts et Archéologie de la Faculté de Philosophie & Lettres. Les cours ont rencontré un succès immédiat et cette spécialité s’est hissée au second rang en termes d’inscriptions, juste derrière l’art contemporain.  Ving-quatre étudiants ont obtenu leur Master précolombien en 2009, et quarante-quatre autres suivent actuellement le cursus (entre BA & Master). Unique en Belgique, ce master deviendra européen à partir de septembre 2011, puisqu’à l’initiative de l’ULB un réseau comprenant les universités de Paris I-Sorbonne, Leiden, Bonn, Valencia et Barcelone sera constitué, qui permettra échanges et co-diplômations.  En outre, le nombre des étudiants inscrits au doctorat a également augmenté: ils sont actuellement trois, tandis que trois autres ont posé leur candidature en 2010, ce qui souligne le potentiel certain qui existe en Belgique dans le domaine.

Le Projet Ychsma, dirigé par Peter Eeckhout, se déroule à Pachacamac (Pérou), l’un des plus grands et plus fameux sites d’Amérique du Sud. Le projet comprend une équipe internationale de chercheurs travaillant sur différents aspects de l’histoire du site dans une perspective régionale (incluant l’architecture monumentale, l’anthropologie physique et la bioarchéologie, la céramographie, l’étude des textiles, la malacologie, la paléoichtyologie, la paléo-climatologie, l’archéobotanique, etc.). Les études, toujours en cours, ont totalement transformé la vision traditionnelle du site et ont largement contribué par leur exemple à l’essor remarquable que connaît aujourd’hui l’archéologie de la zone de Lima.

 

3. UN PROJET A DIMENSION INTERNATIONALE

L’idée maîtresse du projet est d’articuler l’enseignement, la formation et la recherche et de créer ainsi une véritable école générant sa propre dynamique, en interaction constante avec le terrain et les partenaires étrangers à divers niveaux.

Ainsi, la multiplication des projets de terrain en Amérique permettra aux étudiants de deuxième cycle de se former de façon spécifique, mais fournira également aux doctorants de troisième cycle des environnements de recherche propices. Ces recherches seront répercutées via les séminaires et les congrès à Bruxelles, créant de cette façon  des synergies internes et externes. La possibilité de post-doctorat et l’accueil de collègues étrangers contribueront de la même manière à asseoir la notoriété de l’école et à attirer vers elle des étudiants et chercheurs venus d’ailleurs.

Les objectifs concrets du projet sont :

1) Multiplier et diversifier les terrains : par la poursuite des fouilles au Pérou et le lancement d’un nouveau projet en zone maya (Guatemala-Mexique). Le dénominateur commun des recherches est l’étude des sociétés complexes

2) Encourager les jeunes talents : par la création de bourses de recherche spécifiquement destinées aux américanistes au niveau doctoral et postdoctoral

3) Diffuser les résultats et assurer la communication avec la communauté internationale : par l’accueil de chercheurs étrangers, l’organisation de congrès annuels à Bruxelles et la participation active de nos chercheurs aux rencontres scientifiques à l’étranger, leur participation à des réseaux internationaux de recherche et d’enseignement.

 

4. LES OBJECTIFS DU FINANCEMENT

1) soutien à la recherche de terrain : l’obtention de financements a été un combat constant depuis les débuts du Projet Ychsma, qui a bénéficié de fonds d’une série d’institution belges (incluant FNRS, FRFC, ULB) et internationales, comme la National Geographic Society (Washington) , et la Mary G. and Curtiss T. Brennan Foundation (Santa Fe, USA). L’expérience montre que des subsides s’obtiennent plus aisément lorsque l’on peut déjà se prévaloir d’un budget récurrent jouant le rôle de seed money, ce qui est le but visé ici.

2) soutien aux jeunes chercheurs : les candidats au doctorat (les étudiants Master de niveau exceptionnel) ont des possibilités limitées d’obtenir une bourse, à cause de l’état actuel du financement de la recherche en Belgique. En conséquence, de nombreux étudiants parmi les plus prometteurs s’expatrient ou se découragent et abandonnent le domaine, ce qui constitue un insupportable gâchis en termes de potentiel intellectuel et académique pour la discipline. Si des bourses spécifiques pouvaient être proposées aux américanistes, l’effet sur le développement et l’attractivité de la recherche serait immédiat.

Le programme débuterait par une bourse annuelle (de 4 ans), donc au final 4 docteurs, en sus de ceux qui auraient bénéficié des autres opportunités ((FNRS et Mini-ARC). Ces étudiants de 3e cycle développeraient leurs talents dans les projets de terrain et des domaines spécialisés (comme l’épigraphie ou l’art), et contribueraient à former eux-mêmes les étudiants de 2e cycle.  Une bourse de post-doc serait également offerte, de telle sorte que de jeunes docteurs puissant commencer leur carrière à Bruxelles. Tout ceci insufflerait une dynamique d’émulation puissante et maximiserait le profil et la réputation internationale de l’école d’acrhéologie précolombienne de l’ULB.

3) soutien au processus d’internationalisation: ce que nous avons fait et ferons doit être diffusé et connu plus largement. Nous nous sommes déjà engagés dans cette voie via le Projet Ychsma, mais le processus doit être amplifié par (a) l’organisation annuelle de rencontres scientifiques internationales ; (b) la facilitation de la participation des chercheurs ULB  aux colloques à l’étranger ; (c), l’invitation de professeurs étrangers (un par an); (d) la création –en cours- d’un master Européen en études précolombiennes, en collaboration avec une série d’universités renommées.

La philosophie générale et l’objectif global du soutien sollicité est de faire de Bruxelles un pôle d’excellence reconnu en études précolombiennes grâce à un enseignement de premier plan, la promotion des resultats des recherches et l’accueil de chercheurs étrangers.

 

5. BUDGET/5 ANS


Fouilles 300.000€
Bourses de doctorat (4) 670.000€
Post-doctorats 480.000€
Professeurs invités (1/an) 60.000€
Colloque annuel ULB 60.000€
Colloques étrangers (participation) 30.000€
Budget total
1.600.000€


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© Olivier Papegnies

Peter Eeckhout. Né en 1966. Docteur en Philosophie et Lettres de l’ULB, Détenteur d’un Certificat en Archéologie Africaine et en Coopération et Développement (ULB). Archéologue-Expert au CreA de l’ULB, Professeur en Histoire de l’Art et Archéologie (ULB). Directeur et Fondateur du Projet Ychsma (Pachamac, Pérou). Co-fondateur du Groupe de Recherche Européen sur les Crises en Amérique Ancienne (CNRS, Paris). Reviewer pour diverses revues scientifiques internationales. Fondateur d’une formation européenne d’excellence: le Master européen en Archéologie et Arts Précolombiens qui regroupe les meilleures universités européennes dans le domaine (ULB, Paris 1-Panthéon Sorbonne, ULeiden, UBonn,...). Peter Eeckhout a également été distingué par des prix, publications et bourses prestigieux: Chercheur de l’année et bourses de la National Geographic Society (Washington), Brennan Foundation, FNRS, Fonds de la Recherche Fondamentale Collective.



 

In English

PRECOLUMBIAN RESEARCH AND TEACHING AT THE ULB

Research on Precolumbian America at the Université Libre de Bruxelles has achieved considerable prominence on the world stage, despite the fact that it not historically established as part of the university’s extant academic tradition. Rather, it has been characterised by pioneering individuals such as Michel Graulich – the world-renowned Aztec specialist – or, more recently, Peter Eeckhout, who has been working at the famous Peruvian site of Pachacamac since 1993.

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© Olivier Papegnies

The BA and MA in Precolumbian studies were launched in 2004 in the Department of History of Art and Archaeology, Faculté de Philosophie & Lettres. The courses were immediately successful, and this area of specialisation has become the second most popular in the Department (after Contemporary Studies). Twenty-four students graduate the Precolumbian MA in 2009, while forty-four others are currently involved in the course (BA-MA). Recent years have seen a strong increase in the number of doctorate students undertaking research in the department (three are currently doing their doctorates), and several exceptionally promising candidates are currently applying for doctoral grants.

This is the ideal moment to formally create and develop a school of Precolumbian studies at the ULB: apart from the obvious scholarly interest, Latin America is going through a dynamic phase of socio-political and economic transformation, which makes academic field research easier. The potential for archaeological research in this part of the world is absolutely exceptional: well-known civilisations such as the Incas in Peru, Aztecs in Mexico or Mayas in Guatemala yearly present more academic opportunities, in addition to hundreds of lesser-known ancient cultures that are waiting to be explored and studied. This is a major opportunity for our university to become one of the world leaders in the field.

In order to achieve this goal and make the ULB a school of international stature in Precolumbian Research, we have to focus efforts and resources at three levels: (1) support of field research, (2) support of young researchers, and (3) support of the internationalisation process. These three levels are interconnected, as outlined below.

(1) Support of field research: The Ychsma Project, directed by Peter Eeckhout, is sited at Pachacamac, Peru, one of the biggest and most famous archaeological sites in the Americas. The project involves an international team of scholars working on different aspects of the prehistory of the settlement within a regional framework (including monumental architecture, pilgrimage, funerary customs, physical anthropology etc). Obtaining project funding has been a constant struggle since the projects’ foundation, and has included funds raised from a range of Belgian bodies – including the ULB, FNRS and FRFC – as well as international institutions such as the National Geographic Society, and the Mary G. and Curtiss Brennan Foundation. Funding sources are scarce in this field, and having sufficient mid-term support for our field projects would provide a wonderful opportunity for us to dedicate all our time to research. The Ychsma project at Pachacamac is now in its final stage – material and laboratory studies, and complete publication – and it is our intention to excavate Pampa de Flores, Pachacamac’s twin-capital in the Lurin valley. We would also like to found another project to run alongside: large-scale field survey of the Maya heartlands in Guatemala and neighbouring countries. This strategy would allow us to study and contrast the two most important archaeological zones in the Americas, which present similar challenges to scholars of complex societies and monumental architecture. As well as the clear scholarly potential, co-running these two projects would be a wonderful opportunity for involving our students in the highest calibre field research training, which currently takes place, but is sadly limited due to scarcity of funds.

(2) Support of young researchers: doctoral candidates (i.e. MA students with outstanding academic results) have very limited possibilities of obtaining a grant for doctoral research, due to the current state of funding in Belgium. As a result, many of our most promising students are forced to leave the country to pursue overseas opportunities, or simply abandon the field, which is a tragic waste of intellectual and research potential for the discipline. If specific grants could be made available for Precolumbian studies, it would help to solve this problem and develop active research at a larger scale. The programme could be introduced as a single annual grant (5 years long), which would result in five qualified specialists at the end of the first step, in addition to those who qualified through other funding opportunities (i.e. FNRS and ULB Mini-ARC). These advanced students would develop their skills in the field projects as well as in specialist areas (such as Precolumbian art or epigraphy), and would help to train undergraduate and graduate students.  A post-doctoral grant would also be offered, so that recently-qualified archaeologists would be able to begin their careers in Brussels. This would bring about a revolution in study of the Ancient Americas at the ULB and, of course, maximise the school’s international profile and reputation.

(3) Support of internationalization process: What we have done and will do has to be broadcast and made more widely known. We have already taken steps in this direction with the Ychsma Project, but this process needs to be amplified through (a) organisation of annual international scholarly meetings; (b) the provision of funding to ULB doctoral students and lecturers for attending international meetings; (c) funds to obtain visiting guest professors (one a year); (d) post-doctoral grants for overseas study (2 years) ; (e) the creation of a European MA in Precolumbian Studies, in collaboration with the Universities of Paris (I-La Sorbonne) and Valencia (Spain). This last project is currently being developed, with details to be finalised. What is important is the general philosophy and specific aim: i.e. to make Brussels a recognised centre of excellence for Precolumbian studies by providing optimised teaching, promoting our research results, and welcoming foreign scholars.

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Should you requite any further information, comments or details, please contact Dr Peter Eeckhout, Chargé de cours en Histoire de l’Art et Archéologie at the Université Libre de Bruxelles. (tel: 32-2-6502419, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ).

You can also visit the Ychsma Project website, although it has not recently been updated http://www.ulb.ac.be/philo/ychsma/

Pour plus d'information sur le projet de Peter Eeckhout pour la Fondation ULB, cliquez-ici


 

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